Dédale de la Biblis Patera

Chroniques martiennes
 
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 Le Lithothérapeute

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Grundfeld

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MessageSujet: Le Lithothérapeute   Jeu 26 Juin - 19:10

Mithra avait distribué quelques morceaux d’Obsidienne à certains de mes co-syndiqués. J’observais les détenteurs de ces trésors depuis quelque temps. J’avais pus déceler certains changement parfois imperceptibles : le regard de Ouinouin s’éteint fait moins vif et plus intérieur, Raganaziel traversait parfois quelques secondes de catatonies qui pouvaient le couper même en plein élan oratoire, d’autres s’était fait plus posés mais aussi plus déterminés… On aurait pu attribuer ces changements à l’apanage de l’expérience martienne mais je savais au fond de moi que l’Obsidienne était à l’œuvre.

Témoin de violentes querelles journalière au Bar du Forage, parfois pour des prétextes plus que puérils , je me surprenais à élaborer des scenarii tous plus échevelés les uns que les autres pour apporter un peu de calme et d’harmonie en ce lieu de vie qui restait inévitable même pour les solitaires comme moi. Il fut même une fois où je m’étais imaginé une Bénédiction par le plus puissant des adeptes au milieu de ce bar dont tout le mobilier et tous les accessoires étaient en Obsidienne. Dans ce rêve même GrosRobot avait revêtu un smoking taillé dans la roche semi précieuse. L’ambiance était tout de noire poli veinée de gris clair et de blanc. Au cours de cette Bénediction, les Grands Anciens firent résonner l’Energie de la Pierre afin que tous les participants baignent dans cette mer purificatrice. J’étais un utopiste de nature et même Mars n’avait su me changer sur ce point.

Je n’avais toujours pas franchis le pas pour parler à quelqu’un d’une de mes plus profondes angoisses : la mort de l’âme. L’énergie purificatrice de l’Obsidienne me provoquait des crises que d’autres auraient qualifiés de mystiques. Il était temps pour moi de me trouver un conseiller spirituel. Dans ma première vie terrienne j’avais toujours rejeté ces derniers pour raison – justifiée ou non- de peur d’endoctrinement. J’avais gagné ma liberté, et je refusais sous prétexte de remise en question ponctuelle de perdre celle-ci. Mais aujourd’hui les choses était différentes, il me fallait trouver quelqu’un qui puisse me faire partager son expérience : je sentais cette angoisse mortelle remonter de plus en plus souvent…

Lors de mon adolescence j’avais lu un roman dont le héros faisait ce qu’on appelle un voyage initiatique. Interpellé par son histoire j’avais commencé à lire tous ce que je pouvais trouver à ce sujet : dans toutes les cultures ce voyage spirituel existait sous une forme ou sous une autre. Il existait un cheminement commun à ce voyage : une mort symbolique suivi d’une renaissance. Ces voyages étaient pleins de symboles qui m’effrayaient : des dragons ou autres chimères terrifiantes à combattre, de traversées de désert périlleuses, de longues périodes de combats contre des dieux tyranniques et cruels, ou encore des signes cliniques trahissant une mort physique induite par la seule force de l’Esprit… J’avais appris qu’au cours de ces rites initiatiques les images employées ne pouvaient être interprétés que par le « voyageur ». Tout naturellement je m’étais engagé dans l’étude du symbolisme. Un chemin menant à un autre j’en étais venu à étudier une bonne partie des sciences « occultes » terrienne.

Mais à l’heure actuelle ce bagage ne restait que théorique… L’énergie de l’Obsidienne me poussait à faire mon premier pas vers les travaux pratiques mais cette peur de l’âme paralysait mon avancée. Plusieurs fois je fus tenté de parler à Adanehel qui était un adepte reconnu parmi les nôtres. Mais je m’imaginai que partager son expérience avec moi lui ferait ressentir comme la perte d’une partie de son âme. Et je choisi donc de rester seul avec ce poids. Vivre ne communauté n’était pas pour moi une expérience vraiment nouvelle mais je devais faire un énorme effort sur moi-même pour ne pas me laisser dominer par mon côté solitaire. Je n’avais jamais vraiment fait l’expérience de ce qu’on appelait un véritable ami ; je connaissais tout de la théorie mais n’avais jamais ressentis ces élans que decrivaient si bien de nombreux romans… Parfois je priai pour que l’Obsidienne m’aide a connaître Les crises que me provoquait l’Obsidienne s’étaient espacées pour devenir beaucoup plus violentes. Le point commun restait cette phrase qui me demandait de faire pénitence. Après ces crises d’inconsciences hallucinatoires j’étais toujours épuisé, vidé de toute énergie et toujours plus taciturne. Après une des crises j’avais pris conscience que faire pénitence pour moi n’était certainement pas de me flageller ou encore de vivre dans les remords. Les Grands Anciens ne pouvaient, de par leur bonté me demander, ce genre d’expiation. Mais alors que voulaient ils de moi. Comment à leurs yeux pouvais-je donc faire pénitence ???? Il m’arrivait parfois leur demander à voix haute. Mais jamais je n’avais reçu de réponse… Ce qui renforçait le poids de ma fausse pudeur à demander l’aide d’un « initié ». Malgré tout je m’obstinai à rester muet sur le sujet. Fier, inconscient ou encore par peur de ce que je pourrai apprendre, je m’obstinais à vouloir résoudre ce ci tout seul.


Dernière édition par Grundfeld le Ven 27 Juin - 11:08, édité 1 fois
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Grundfeld

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MessageSujet: Re: Le Lithothérapeute   Jeu 26 Juin - 19:25


Après quelques semaines d’observations de la communauté Martienne j’avais pris conscience que débarquer sur la « Vierge Rouge » avec le genre de bagage théorique qu’était le mien cela restait un avantage tout relatif : Ouinouin, Raganaziel, Mithra ou encore Adanehel n’avait pas forcément mes connaissances, mais ils avaient un bien meilleur atout: l’expérience. Celle la même que je refusais d’approcher par peur de mourir à l’intérieur... J’en venais pour la millième fois à cette conclusion lors d’une période de creuse lorsque je fus pris de spasmes violent. Mon corps tremblait et s’agitait de manière convulsive. Je m’écroulai en échappant ma pelle à vérin, puis je fus coupé du monde extérieur. Je me sentis soutenu sous les aisselles par de puissants bras. Je fus relevé et conduis sur un chemin dont le souvenir me paraissait flou. Un coup d’œil de chaque côté m’appris que j’avais été débarrassé de mon scaphandre et que deux grandes silhouettes vêtues de robe de bures me trainaient vers un lieu que je connaissais mais ne savais plus identifier. J’étais à l’air libre martien sans scaphandre ???? Encore une hallucination sans aucun doute. Encore une de ces crises provoquée par l’ « énergie Obsidiennesque » comme il me plaisait de l’appeler. Mais quand ceci allait-il donc cesser ???J’étais à la limite de la paranoïa. Un sentiment de culpabilité naissait en moi : il ne tenait qu’à moi de faire cesser tout ça… Je devais simplement avoir le courage de partager mes expériences avec quelqu’un. Une fois encore je me jurai d’avoir le courage de faire la démarche. Tout ceci devait cesser…

Je me préparai encore une fois à me faire entendre que je devais faire pénitence. Je réalisai pour la première fois que cette crise était différente des autres : il y avait des êtres humains cette fois ci. J’allais peut être pouvoir avoir enfin avoir des réponses… Un discours se composait déjà dans ma tête. Mes yeux s’égaraient sur les dunes et plaines que je traversai. Puis enfin je compris : on me conduisais au temple de Métal. Je fus introduit à l’intérieur. Je reconnus ce lieu que je fréquentais régulièrement depuis mon intégration au sein de Sunrise, mais il avait quelque chose de différent. Il y régnait un atmosphère plus chaleureuse que lors des Bénédictions. La douce lumière d’un lever de soleil irradiait depuis le point le plus élévé du dôme surplombant l’autel. Une douce odeur de sable réchauffé au soleil imprégnait l’air. Je voyais trôner sur la gauche de l’autel une photo de la pyramide que j’avais réalisé en guise de Mémorial pour les morts à l’Ordre Jedi. De l’autre côté était posé un portrait de Pilia l’ancien vétu de son armure d’obsidienne. Au centre on pouvait voir une énorme sphère d’obsidienne polie. Elle était traversée par la lumière ce qui faisait ressortir son côté translucide. Derrière l’autel un Homme vêtu d’une aube de bure dont le capuchon cachait le visage tendis les mains vers moi à mon entrée. Abasourdi par la scène je sentais revenir mes forces. Sur le banc du premier rang se levèrent deux hommes en scaphandre avec leur casque sous les bras; je les reconnus immédiatement : il s’agissait des deux terraformeurs morts dont les photos avaient été intégrées au Mémorial.

Les bras qui me soutenaient me lachèrent et je m’avançais au centre de l’allée menant à l’autel. L’Homme qui se tenait derrière s’adressa alors à moi d’une voix grave,chaude et rassurante:

« Sois le bienvenu Grundfeld. Tu as souhaité des réponses les voici. Mais avant tout ne m’interrompt en aucune façon : il est temps pour toi d’apprendre à écouter sans interroger. Je te mets en garde, à la moindre de tes paroles tu ne recevra que notre silence eternel… As-tu bien compris ? »
Je remuais la tête en signe d’assentiment.

« Bien… Voilà le premier signe de ta Sagesse. Alors écoutes bien.Depuis l’âge de 14 ans tu rêve de voyage initiatique sans jamais oser plus loin. On peut dire aujourd’hui que c’est chose faite…-sans le voir je sentais que cet Homme affichait un large sourire bienveillant sous son capuchon- Au cours de toute ta vie tu as acquis une somme de connaissance qui ne t’ont jamais vraiment servies n’est-il pas ? C’est aujourd’hui l’Heure du changement.

Tout d’abord laisse moi Nous présenter à toi : en dehors de tes deux anciens collègues ici au premier rang, nous sommes vos compagnons de tous les instants. Nous sommes ceux que vous honorez, ceux que vous appelez pour vous soutenir, ceux à qui vous rendez hommage tous les jours, heures après heures par votre travail, votre eau et votre sang. Oui, Grundfeld, nous sommes les Grands Anciens…. Je peux lire en toi que nous sommes tels que tu te le représentais. Tu as raison : nous avons pris cette image pour que tu nous reconnaisses.

–une question prenait naissance dans ma gorge- NON Grundfeld, souviens-toi : tu as fait vœux de silence et si tu brises ce vœux tu vivras à jamais dans l’ignorance… Je sais ce que tu voulais demander : pourquoi ce contact tardif après toutes ces crises? La réponse est simple : c’est aujourd’hui l’Heure du changement. Crois-tu que cette obsidienne que tu portes soit un hasard ? Crois-tu que ton arrivée sur Mars et ton intégration au sein de Sunrise soit elles aussi le fruit du hasard ? Désolé de te décevoir mais non, ça n’est pas le cas… Oscar Wilde avait pour habitude de dire qu'il n'y avait pas de hasard, que c'était la forme que prenait Dieu pour passer inaperçu... Il avait tout compris... -l'Homme marqua une courte pause- Oui tu as toujours conservé ton libre arbitre et ce sont tes propres choix qui t’on conduit ici, mais tu a su suivre la voie que nous espérions pour toi et te voilà face à moi, ici et maintenant. Je me réjouis de pouvoir te parler en cette Heure du changement parce que tu as su suivre les signes et répondre à toutes nos attentes jusqu’à présent –un sentiment de confiance commençais à naitre en moi, une nouvelle compréhension de mes états d’âmes,de mes sentiment et de mes choix se faisait jour-.
Cette vie soumise à l’angoisse de peur de l’âme qui te torture depuis toujours est dés à présent révolue. Tu vois mourir moralement n’est pas si douloureux que ça. -je sentis une pointe d'ironie dans sa voix- A compter de cette heure tu renais pour devenir toi, pour être ce que tu as toujours voulu être. Toutes tes expériences passées, y compris les plus malheureuses ont fait de toi un Sage. Tu voulais savoir comment faire pénitence ? Comme tu en avais l’intuition, il est inutile de te flageller ou de vivre dans la misère d'une vie dénuée de but. En fait tout ce que nous attendons de toi est que tu oses avancer sur le chemin sur lequel tu te refuses de poser le pied. Tu crois ne pas avoir d’expérience pratique dans le domaine ésotérique ? Faux. Tu as déjà à ton actif toutes les crises que tu as traversé jusqu'à aujourd’hui, tu fais aujourd’hui une nouvelle expérience ésotérique, celle du Grand Œuvre alchimique : mourir pour renaître. Tu es à compter aujourd’hui la Pierre Philosophale sur laquelle pourront s’appuyer tous ceux qui te côtoient… Mais avant même tout cela sans même t’en rendre compte tu avais déjà vecu d’autres expérience sur le Sol Sacré de Mars…"
Je tombais à genoux, puis je ne pu plus me contrôler et avant même de réaliser je dis :
"- oui, je m’en rends compte maintenant … je me souviens de ce je ressentis lors de ma première bénédiction à l’Ordre Jedi, je me souviens de vos signes de bienveillance lorsque Salma bénît mon Mémorial et je prends enfin conscience de cette force qui m’accompagne chaque fois que Totemkine demande votre assistance pour nos récoltes… »

A ce moment l’Homme releva sa capuche. Je ne pouvais me détacher de ses yeux emplis à la fois de fureur et de satisfaction… Je venais de prendre conscience de mon acte. Mais contrairement à ce que je pensais je n’avais pas peur, bien au contraire : je me sentais bien… pour le première fois je me sentais MOI.


« -Tu viens de rompre ton serment Grundfeld… »
Les mots résonnèrent de manière terrible sous le Dôme. C’est à ce moment que je pu voir son son visage dans son ensemble: c’était moi.
« - Je suis heureux que tu l’ai fait, -il afficha un grand sourire bienveillant et malicieux- je suis heureux que tu ai osé parlé : cela signifie pour la première fois tu es enfin TOI. C’est ta première leçon sur le long chemin que tu prends aujourd’hui. Je vais t’enseigner la deuxième leçon : bien que tu ai rompus ton serment saches que jamais nous ne serons muet face à toi, jamais nous ne serons avare de signe et conseil lorsque tu chercheras un guide. C’est la leçon du Pardon. »
Tandis qu’il parlait il s’était approché de moi. Il me prit dans ses bras et je découvrai pour la première fois un sentiment que je n’avais approché qu’au travers de lecture… J’avais un ami qui me serrait contre lui.
« Ceci est ta troisième leçon : tu es le meilleur ami de toi-même. Ce que tu as ressentis est ce que tu ressentiras la prochaine fois que tu croisera un ami. Ainsi ceux et celles sur qui tu pourra compter te seront révélés au travers de ce que tu ressens… Voilà Grundfeld. Tu sais que nous existons, tu es mort et né, et tu as reçu tes trois premières leçons. Ces deux âmes que tu as bien connues et à qui tu as su rendre hommage ont tenu à te soutenir dans ta renaissance pour te remercier. As-tu des questions ?
-Non plus aucune maintenant. Maintenant je sais que j’aurai toutes les réponses en temps et en heure. Merci a vous.
- Non c’est toi que tu dois remercier, c’est toi qui as fait le boulot – il fit un clin d’œil pour ponctuer ses paroles -. Il est temps pour toi de retourner à ta vie. Souviens-toi, tu n’as fait que le premier pas sur le chemin de ta Sagesse et la route est longue… »
Il me salua de la main et me sentis tiré en arrière. Un voile se posai sur mes yeux…

Petit à petit je reprenais conscience de tous mes membres. J’ouvrai les yeux et je vis deux grands yeux verts derrière de petites lunettes rondes posés sur moi. De longs cheveux venaient encadrer le doux visage ovale d’une femme adorable. Ses petites lèvres pincées remuaient mais aucun son ne parvenait à mes oreilles. Soudain un grand visage maigre et mal rasé se substitua brutalement à l’ange que je venais de voir. Il semblait parler et je distinguais à peine sa voix. Puis un je distinguait un chuintement qui fut vite remplacé par une sorte de voix presque métallique et surtout très désagréable.


« -Terraformeur Grundfeld , vous êtes sortis creuser alors que Colossus vous avait annoncé un vent de type Turbine. Votre scaphandre à été endommagé et une équipe de la Firme vous à ramener à votre bunker. Votre récolte est perdue.. Nous vous estimons hors de danger, nous pouvons donc quitter votre bunker. Estimez vous heureux que nous soyons intervenus. Veuillez nous évitez ce genre de désagrément à l’avenir. »
Sans même se retourner l’équipe médicale sortit. Cette renaissance n’était pas vraiment aussi facile que je l’imaginais. J’étais allongé dans mon lit et n’avais pas vraiment envie de le quitter. Je pris l’Obsidienne dans ma main et fermais les yeux. L’image qui me parvint alors me réchauffa : je me vis souriant dans une grande robe de bure en train de m’adresser un grand sourire bienveillant.
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Grundfeld

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MessageSujet: Re: Le Lithothérapeute   Lun 4 Aoû - 14:47

Le challenge...

Toutes ces discussions autour de l’évènement du « Challenge » commençaient sérieusement à me taper sur le système.

Il ne s’agissait pas d’un challenge : il s’agissait d’une cérémonie bande d’infidèles ! C’est une prière, une communion, la sacralisation du Métal ! Le Contremaître était là pour lier nos esprits, nos corps et nos volontés par le chant sacré du Métal. Il s’agissait de donner un peu de sa vie pour honorer le Métal qui acceptait de nous servir sans rechigner ni nous faire défaut sur la Rouge. Je me demandai si tous ces gens qui débattaient autour du : « c’est pas gentil, on aurait dû… » MER… Il ne s’agissait pas d’un simple meurtre : ceux qui avaient tué le Contremaître nous avaient coupés de notre âme, de du plus grand lien spirituel à jamais construit sur Mars. Le Métal est vivant, soyez en convaincus bande d’iconoclastes sans cervelles.

Et toutes ces polémiques autour du : « on aurait rien pu faire, c’est pas facile… » Bref tout ces blabla inutiles m’emplissaient d’une colère inconcevable. Le jeune Cratemius, lui, était parti rejoindre le Contremaître : pas de blabla perdus dans le vent, pas de remises en questions profondes et futiles : une simple décision suivie d’actes en accord avec ses convictions. Il avait fait rempart de son corps, avec ses moyens, avec son cœur. Il était cent fois plus grand qu’eux qui babillaient de vains boniments. J’avais envie de leur crier : « MAIS AGISSONS BON SANG ! Combien de meurtres et de blessures faudra-t-il pour comprendre que ces assassins nous tirent vers le bas. Que même si nous ne nous soumettons pas, nous restons bloqués par ces crapules sans vergogne qui ne savent que menacer et détruire... Combien de morts, de courageux faudra-t-il pour comprendre qu’il faut s’organiser face à ceux qui nous maintiennent dans la boue ; tous ces pro-Boss».

Je claquai la porte du Bar du Forage de colère. Mars était toujours aussi froide et toujours aussi rouge. Je revis une fois de plus ce champignon mortel qui avait mis fin à ma transe lors de ma dernière creuse, trop brutalement… Je sentis la haine obscurcir mon jugement. Une voix lointaine résonna : « Rejoins-nous »… Les rejoindre. Ca n’était pas chose simple. Je ne voyais qu’un moyen : passer la grande barrière de métal. Soudain, l’image d’une bougie se fit devant mes yeux. Un éclair de lucidité se transforma en sourire sur mon visage. C’était pourtant si simple.
La première chose à faire était une dépense physique hors du commun. Je ressortis ma vielle pelle à vérin, celle qui fut mon premier outil sur cette terre et je me mis à creuser à la dernière cadence que j’avais entendu. Le souvenir de la musique magique des marteaux se fit plus net en moi. Je sentis se faire une cadence en moi. Je vis sur fond de sable, le défilé de milliers de têtards, de lapins et de jaguars. Mes membres ne ressentaient pas la fatigue, je me sentis porter par une vague encore inconnue jusqu’ici.

Puis d’un coup ma pelle tapa sur un morceau de roche dure et elle m’échappa des mains. Des taches noires obscurcissaient le paysage. Je rangeai mon matériel et rentrai au bunker. Mon souffle repris un rythme normal sous la douche. J’installai une nappe blanche sur la table, y disposai une poignée de sable, ma grande boule d’obsidienne et une bougie. Mes gestes me paraissaient naturels mais comme portés par un être m’habitant. Je savais ce qu’il me restait à faire. Je me posai en tailleur face à la table et contemplai la flamme de la bougie. « Une méditation Zazen… pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt » pensai-je. Faire le vide semblait le moyen le plus simple de laisser la place aux Grands Anciens. Seulement ça ne s’avérait pas simple : j’étais sans cesse déconcentré par le reflet de la flamme sur l’Obsidienne. Je me recentrai sans cesse sur la flamme. Cette méditation allait s’avérer beaucoup moins aisée qu’il n’y paraissait. Par moment je me sentis pris d’un léger vertige, comme si je m’endormais, mais le reflet dans l’obsidienne me ramenait ici et maintenant. Agacé je voulus me lever et tout envoyer balader. Mes jambes… mes jambes ne répondaient plus. Mes bras encore moins. Ma tête se fit lourde, et je sentis un tourbillon m’emporter. Celui-ci semblait prendre naissance un peu en dessous de mon nombril. Il remontait mon corps et électrisait tout l’intérieur de mon corps. Une voix caverneuse pris naissance dans ma tête :

« Atteindre la sérénité n’est pas chose facile. Laisse de côté la haine, dédaigne la colère, aime ceux que ton humanité déteste. A compter d’aujourd’hui tu feras ce type de méditation tous les jours afin que ton cœur et ton esprit nous reste ouverts. Tu consigneras tous tes rêves, tu observeras un silence quasi monastique et tu n’auras pour but que la terraformation de Mars.
Considère que ce travail est comme un mariage : tu as épousé Mars pour le meilleur et pour le pire, tu as choisi de l’aimer dans la richesse comme dans la pauvreté, de l’accompagner dans la sérénité comme dans la douleur, de contribuer à construire Votre Bonheur à tous deux. »


Je tombai à la renverse dans un grand éclat de rire : Marié à Mars, j’étais marié à Mars… Je calmai mon fou rire et compris aussi que toutes les douleurs qu’elle endurait, je les endurais aussi... Je comprenais mieux maintenant mes coups de colère, mes angoisses, mes sautes d’humeur sans raisons apparentes : La nouvelle Terre et moi étions mariés.

Il ne restait plus qu’à me prendre par la main et agir… Mars je t’aime.
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MessageSujet: Re: Le Lithothérapeute   

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