Dédale de la Biblis Patera

Chroniques martiennes
 
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 Feuilleton : "Petit Journal d'un terraformeur"

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Grundfeld

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MessageSujet: Re: Feuilleton : "Petit Journal d'un terraformeur"   Sam 10 Mai - 18:16

Comme chaque matin depuis maintenant un mois, avant de partir creuser, sans même prendre le temps d'avaler un café je faisais un petit détour par le garage syndical : vide une fois de plus...« Les terraformeurs en formation ici sont vraiment prudents... Mais quel ennui… » pensai-je. Je me servis un café et passai une nouvelle couche d'antirouille sur les rovers stockés au garage... La Boss m'avait laissé un message à ce propos mais aucun ordre précis... Comme mes enfants je les astiquais de tout mon cœur, leur parlais et les appelais par leur surnom... Je nettoyais ma pelle et m'apprêtais à sortir lorsque j'aperçus notre nouvelle adepte en formation... Je lui fis une révérence : « Bonjour et merci à toi jeune adepte. Comment avance ta formation... Puis je t'aider ? » Elle semblait totalement absorbée par sa dernière bénédiction et ne m'entendis pas...

Je me remémorais tous ces messages concernant les rixes entre divers syndicats et me demandai pourquoi tant de violence sur cette nouvelle Terre de conquête. Cette « Nouvelle Frontière » aurait dit JFK, lui aussi mort, assassiné pour ses idées… Salma pourrait-elle entrer en communication avec les Grands Anciens afin de leur demander d'insuffler un peu de sagesse dans le cœur de toutes ces femmes et touts ces hommes qui se déchiraient avec violence...

En chemin vers ma parcelle j'aperçus quelques ombres humaines ou d'engins qui allaient elles aussi creuser pour rendre ce nouvel embryon viable... Mais devons nous vraiment la rendre viable pour toute cette cruauté ??? « Ils payent bien » me répondit ma conscience… Ils payent… et nous tous aussi… mais certainement pas en Témis… Je vérifiais sur mon PDA que mon rover creusait et que mes larves se portaient bien... Mes carottes étaient en pleine maturation...Bref rien de bien palpitant, comme d’habitude. Enfin habitué à ce nouveau climat, je pris une longue inspiration avant de donner mon premier coup de pelle de la matinée... Le travail se faisait machinalement alors que je rêvais à une Mars paradisiaque, avec une mer et des palmiers. N'était ce pas le but premier de notre creuse???

Au détour d’une pelletée, je tombai sur un vieux cahier qui semblait relativement bien conservé. La couverture avait pris la forme de la roche et était rehaussée d’un curieux symbole cabalistique. La peinture dorée et écaillée de ce dernier lâchait quelques reflets ensanglantés sous le soleil de Mars. La tranche semblait relativement propre mais jaunie. Un petit ruban rouge effiloché servait de marque page. Une petite serrure fermait l’ouvrage. D’une légère torsion elle sauta et je découvris la page de garde . Un titre trônait écrit en lettres capitales :« PETIT JOURNAL D'UN TERRAFORMEUR ». Ce dernier remplaçait un premier titre barré dont je ne pus déchiffrer que l’initiale R. L’écriture tremblante semblait perturbée. On pouvait distinguer quelques traces d’un liquide qui pouvait être de l’eau… Un petit halo blanc autour des taches m’indiqua qu’il s’agissait de sueur.

Qui donc à l’heure d’internet et de la colonisation de Mars pouvait encore tenir un journal à la main ? Comment un homme ou une femme arrivé ici par désespoir, aventure ou encore hasard de désœuvrement pouvait être assez immature pour tenir un journal… L’image d’une fillette de treize années à peine pubère tremblante sous les secousses d’une pelle à vérin me fit sourire… Puis je me souvins qu’il fallait la majorité absolue pour pouvoir voyager et s’engager pour la Firme. « Comme pour jouer à la roulette » avais-je même pensé lorsque j’avais signé mon contrat. Alors d’où pouvait bien provenir ce journal ???

Je pensais à mes frères et sœurs de labeurs qui eux aussi suaient sang et eau dans le même but, qu'ils soient « bons » ou « mauvais »... Sincèrement avant de se déchirer nous avions un but commun : faire une nouvelle Terre...

Une longue sirène me rappela à mon travail. Plus le temps de lambiner, le souffle de Grave Digger allait balayer ma parcelle de creuse. Il me fallait rentrer au plus vite. Je glissai le cahier dans la poche de mon scaphandre, vérifiai mon matériel, inspectai ma trieuse et ma pile à combustible avant de lancer une synthèse. J’arrimai tant que faire se peut mes containers d’eau et d’oxygène avant l’arrivée des premières bourrasques. Je branchai le compteur Geiger pour connaitre en direct l’évolution de la radioactivité autour de mon bunker et fis une prière pour que « Grave Digger » soit essoufflé en passant par chez moi. Encore une bonne chose de faite pour ce matin.

A l’abri dans mon bunker, je passai directement de mon sas à la douche sans omettre de faire décongeler une ration de vivres. Enfin débarrassé de toute la lassitude de la creuse, je vérifiai que mon Voxterm était vide et me calai confortablement dans mon fauteuil… Quelques cailloux soulevés par les bourrasques martelaient la porte et les volets dans un faible cliquetis.

Inconnue ou inconnu qui m’a laissé une trace de toi sur mon chemin me voila enfin prêt à t’entendre.
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Grundfeld

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MessageSujet: Re: Feuilleton : "Petit Journal d'un terraformeur"   Mar 13 Mai - 14:53

10 Juin 2002

Je suis mort de rire… Visalis est vraiment mignonne mais complètement dérangée : elle a tenu à ce qu’on aille chez une voyante pour « connaître notre futur amoureux » : résultat notre relation ne durera que le temps nécessaire pour que je devienne quelqu’un d’INDISPENSABLE A L’HUMANITE !!!! Rien que ça…. Bref ensuite cette « charlatane » m’a vu baigné d’une aura rouge, assoiffé et épuisé, dans un pays encore inconnu de tous. Soi-disant que je serais entouré d’auras mystiques encore inconnues à ce jour blablabla... Et même qu’il y aura des êtres sans âme gouvernant mon destin. Et la meilleure c’est qu’elle m’a conseillé de tenir ce journal de manière antique avec un bon vieux stylo parce que je cite : « mon âme sœur trouvera au sein de cette oeuvre toutes les informations nécessaires et utiles à sa survie en cette terre de nouvelle conquête… » Enfin un truc dans le style quoi… pfffff. Grand moment quand même que j’ai vécu là : On aurait pu faire un film sur son entrée théâtrale sur fond de "Ainsi parlait Zarathoustra" ainsi que sur ses yeux qui se retournaient toutes les trois secondes. Je ne sais pas ce qu’elle prend la vieille mais j’en veux aussi !!!! En plus ca puait le patchouli, j’en ai encore la nausée. Et la déco de mauvais goût, tout comme dans ces séries Z américaines : vieux foulards sur les lampes, images d’aura, grosse boule de cristal sur ma table, etc…. En tout cas une chose est sûre : elle n'a pas besoin de fumer la vieille : un client et hop direct dans un trip. 75 euros pour ces conn…
Perso j’aurais préféré nous payer un resto. Je suis le conseil de cette vieille folle uniquement pour deux raisons : Visalis me l’a demandé (je suis incapable de lui refuser quoi que ce soit) et au moins je suis sûr que cette imbécile de Mannilla ne viendra pas farfouiller dans mon PC pour satisfaire sa feuille de chou d’Université.
En attendant je ne pense qu’à Visalis, ses yeux, son sourire et à notre futur mariage. J’avoue que pour la première fois de ma vie je ne suis pas accroc à un corps mais à un Etre. Je connais maintenant la différence entre le simple flirt, les passe-temps, l’affection et l’Amour. J’en arrive à être obsédé jour et nuit. J’ai le cœur qui s’emballe quand je pense à elle, j’ai l’impression d’être un adolescent prépubère à ses côtés. C’est vraiment la première fois que je vis un truc du genre. Maman (paix à son âme) m’aurait dit que j’ai enfin grandi… Comme quoi tout finit par arriver un jour.
Mon diplôme d’avocat en poche dans six mois je pourrai enfin réaliser le rêve de ma vie : rentier … Enfin avant ça il faut encore que je réussisse le concours d’entrée au sein de la Cour de Justice Internationale. Après Oncle Runtil arrivera bien à me pistonner pour être Juge Supérieur. Visalis me dit toujours que tout piston se paye un jour… Bah une fois riche aucun problème.



12 juin 2002

J’aurais jamais imaginé que tenir un journal faisait tant de bien. Je me suis levé ce matin beaucoup moins stressé que d’habitude. Je vais p’têt ben continuer un peu. Après tout y’a pas de mal à se faire du bien.Et pis les autres on s’en fout après tout.



6 Juillet 2002

Et bien voilà : phase finale de mes études. J’ai réussi à me faire pistonner par Oncle Runtil chez Jorkels & Dieselm associates. C’est le cabinet le plus proche de la CJI. Premier jour aujourd’hui, dernier le 16 novembre. Ensuite soutenance du rapport de stage le 1er décembre. Concours d’entrée à la CJI le 10. Et après je ne suis plus responsable de rien. Alea jacta est. En attendant beaucoup de boulot en perspective.



23 juillet 2002

C’est mon anniversaire aujourd’hui. Ce soir Visalis et moi on se retrouve en tête à tête Chez Mondir. Je pense qu’elle va apprécier la classe de l’endroit... Et avec un peu de chance je ne dormirai pas seul ce soir. C’est vrai que je l’aime vraiment énormément et que ses convictions lui « interdisent de passer à l’acte » tant qu’elle ne sera pas sûre de moi. Je fais un gros effort de maîtrise mais pour quelqu’un comme moi (qui a eu plusieurs dizaines de conquêtes depuis le lycée) ce n’est vraiment pas simple… sans me vanter, à quoi cela servirait-il dans un journal intime pfff.Je raconterai ce qu’il en est plus tard.
Bah voilà. Je suis parti avec un simple baiser.Visalis a adoré la soirée, pas de problème encore une fois de plus : ceinture. Et bizarrement j’ai beaucoup plus de facilité à l’accepter venant de sa part que d’une autre.Bon, il ne me reste plus qu’à ouvrir ma bouteille de cognac, m’allumer un cigare et me mettre à bosser sur le dossier en cours. Au moins je recycle l’énergie : « Rien ne se perd, rien ne se crée, … » tu parles d’une satisfaction Mr Lavoisier...



27 juillet 2002

Whaouuu mon père a eu presque juste cette fois ci : il n’est en retard que de 4 jours sur mon anniversaire !!!! D’habitude c’est un mois. Je me demande combien d’enfants illégitimes il peut bien avoir pour se planter comme ça ? Et comme chaque année j’ai droit à un virement de 500 euros qui vont directement partir à la soupe populaire du coin… J’en veux pas de son argent sale. Autant qu’il soit utile à ceux qui en ont vraiment besoin. Il ne semble pas encore avoir compris que c’est d’un père que j’ai besoin et non d’argent. Depuis tout petit j’ai fait sans lui, et m’est d’avis que c’est pas prêt de changer. Je suis partagé entre le dégoût et la pitié à son endroit. Le pire c’est qu’il m’a joué la scène du sentimentalisme au bout du visiophone : « Tu comprends mes affaires… blablabla… Et puis mon médecin m’as trouvé des calculs dans la vésicule biliaire, et je vais devoir subir un pontage coronarien (visage de composition de sa part à ce moment là comme tout mauvais acteur qui se respecte), d’ailleurs je t’appelle de la salle d’attente (toujours aussi soucieux de respecter les règles : c’est interdit les téléphones dans les hôpitaux conn…d !!! Voilà ce que j’aurais du lui dire). Tu comprends je suis âgé et je vais devoir passer sur la table d’opération… blablabla… » Tu parles, il n'a qu'à manger moins de caviar et de côtes de bœuf chez ses « amis » pendant que tant de crève-la-faim nous agressent quotidiennement dans les rues… Sincèrement le mieux qui puisse lui arriver c'est d’y rester sur la table d’op. avant que je m’occupe LEGALEMENT de son cas à cette ordure...



9 août 2002

Chose curieuse aujourd’hui : on m’a livré par erreur un courrier contenant des informations sur un dossier nommé « La Firme ». Ca m’a fait d’ailleurs penser à ce film avec Tom Cruise : « Quand on est dans la Firme on la ferme ». Je n’ai eu que le temps de commencer à lire la lettre d’accompagnement faisant référence à « la Firme » avant que Maître Dieselm déboule dans mon bureau et m’arrache assez nerveusement le dossier et la lettre des mains. Il paraissait très anxieux avant d’avoir les papiers en main. Une fois son bien récupéré je n’avais jamais entendu un tel soupir de soulagement. Et son explication ne m’a pas parue très franche : soi-disant qu’il s’agissait d’un gros client et qu’il ne voulait pas insulter mon intelligence en ne me confiant pas ce dossier mais je n’étais que stagiaire… Bref en conclusion : chasse super gardée. C’est la première fois que je voyais Dieselm bouleversé. Lui dont la réputation est son stoïcisme légendaire. Mais le plus curieux est que je sais que cette « Firme » n’existe pas. Depuis le temps que je traque mon père et ses filiales véreuses j’ai le listing de toutes les sociétés plus ou moins légales existantes au monde. Visalis d’ailleurs est un peu gênée par ce qu’elle appelle de l’acharnement. Mais j’ai refait trois fois le tour du fichier et je n’ai rien trouvé concernant cette « Firme », même parmi les surnoms…
Après réflexion, je me suis peut-être monté la tête pour rien… Visalis a certainement raison (une fois de plus !!) il peut aussi s’agir d’un gros client qu’ils surnomment ainsi entre eux. Mais j’ai encore l’image de Dieselm à lors de son entrée dans mon bureau et là je suis sur qu’il n'était vraiment pas à l’aise. Ce client doit vraiment être super important. Bah si je réussis le concours d’entrée je finirai bien par savoir le fin mot de l’histoire, inutile de me tracasser pour ça…
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Grundfeld

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MessageSujet: Re: Feuilleton : "Petit Journal d'un terraformeur"   Mar 13 Mai - 14:55

14 septembre 2002

Ca fait longtemps que je ne suis pas repassé par ici. En même temps Maître Jorkles et moi préparions une très grosse défense. Demain c’est la conclusion et c’est moi qui fait la plaidoirie : je suis confiant, vu la tournure des évènements nous ne pouvons que gagner. En même temps Maître Jorkles est un renard de grande envergure : il a réussi sur en une seule phrase à démolir l’accusation… j’aimerais avoir sa vivacité et son expérience bien qu’il m’assure que je sois prometteur et qu’il regrette que je me destine à la CJI. Il pense que je ferais un meilleur avocat que Juge… Chacun voit midi à sa porte. La seule motivation qui m’amène à ce poste : la vengeance...



23 septembre 2002

Comme prévu, nous avons gagné le procès. Et comme j’ai monté le dossier quasiment tout seul sous la houlette de Maître Jorkles c’est à moi que reviennent les honoraires moins 10% !!!! A peine 270 000 Euros !!!! Pour fêter ça Visalis et moi sommes allés faire la fête et comme d’habitude : je vais dormir seul… Monsieur Lavoisier partagera bien un petit cognac avec moi, non ? Bon bah je vais m’atteler à mon rapport. Je ne pensais pas qu’en faisant des études d’avocat je ferais aussi des expériences alchimiques : Visalis est la Pierre Philosophale qui transforme mon désir en puissance de travail !!!!!



16 novembre 2002

Voilà, ce fut mon dernier jour chez Jorkles & Dieselm associates. Nous avons tous fêté ça (y compris avec Visalis et comme d’habitude…). Seulement ce soir je n’ai pas vraiment envie de me mettre à bosser. Je crois que je vais me contenter d’une bonne cuite au whisky…



1 décembre 2002

Voilà, j’ai soutenu mon rapport aujourd’hui et le président du Jury m’a dit que le « verdict se devrait d’être sans appel ». Tout le temps de ma présentation je voyais Visalis et j’ai donné le meilleur de mon être et de ce que je ressens pour nous. J’aurais presque pu palper tout ce qu’elle ressentait. Elle m’a confié à la sortie du palais de Justice qu’elle savait maintenant que nous étions faits l’un pour l’autre, qu’elle s’en voulait de me faire attendre ainsi… Et moi comme un c… je lui ai dit que ça n’était rien. Du coup elle s’est jeté à mon cou et m’as embrassé comme jamais elle ne l’avait fait… avant de m’annoncer son départ ce soir pour 15 jours en Australie. Une tante mourante, j’ai pas tout compris. Je l’ai accompagnée à l’aéroport et me suis caché dans les toilettes après son départ pour pleurer comme un gamin de 6 ans…



10 décembre 2002

Voilà, point final à tout ce que je pouvais faire pour mon avenir : le concours d’entrée ne m’a pas paru si difficile mais j’ai eu du mal à définir certaines ambigüités. De toute façon : pas de prise de tête je ne peux plus revenir en arrière.
Visalis m’as réveillé à 3h00 pour savoir comment cela avait été, nous avons passé 3 heures au visiophone (elle va douiller la pauvre !!!) et m’a annoncé son retour pour le 23… Je sens que ca va être la fête : le même jour je devrais avoir mon diplôme.



23 décembre 2002

J’AI EU MON DIPLOME !!!!! Bon c’était prévu mais champagne quand même. Visalis atterri dans 3 heures : juste le temps pour moi de me préparer avant de lui offrir une soirée de rêve : diner aux chandelles sur la plage, quatuor de violons privé, promenade nocturne en calèche. Si avec tout ça je finis encore seul, je me fais tondre partout…
Bon bah je n’ai plus qu’à prendre rendez-vous chez le coiffeur et l’esthéticienne : Visalis s’est encore refusée à moi : « Raison de fille »…. Je vais avoir l’air fin chauve et imberbe…Mr Lavoisier, un petit verre ????



25 décembre 2002

JOYEUX NOEL !!!!!! Visalis a enfin consenti à se donner à moi !!!! Pour fêter mon diplôme. J’avoue que le faire avec quelqu’un qu’on aime c'est vraiment autre chose… Je suis obsédé par l’Amour qui brillait dans ses yeux, par son souffle qui me murmurait tant de « je t’aime » au creux de mon âme… Les portes du paradis me semblent bien fades à côté de ça. Maintenant je PEUX DIRE que je suis vraiment amoureux, que je veux l’épouser, la chérir dans le bonheur comme dans le malheur, la soutenir dans la joie comme dans la maladie et rester à ses côtés jusqu’à ce que la mort nous sépare. Jamais je n’aurai cru pouvoir tant donner, tant partager et tant recevoir. Rien à voir avec mon père. J’ai encore en tête la haine et le dégoût qu’il m’inspire encore aujourd’hui, ce simple géniteur sans sourire qui n’était jamais là, bien trop absorbé par son pognon, son égo et ses pouf maitresses. Je voudrais le voir souffrir comme il a fait souffrir Maman au moment de leur divorce. Mais peu importe : la vengeance est un plat qui se mange froid. Quelques temps de patience et je réussirai bien à le coincer dans toutes ses magouilles. Je vois encore dans mes rêves tous ces bleus qui couraient sur le visage de ma mère. Je rêve de le tuer à coups de poings ou de le torturer de longues heures… Je me fais peur parfois… Psychopathe dans l’âme ???
Dans 15 jours les résultats du concours d’entrée… Aurais-je droit au bonheur complet ???? J’ai du mal à dormir parce que je sais que j’ai commis quelques erreurs d’interprétation pour le concours. Et je me vois mal patienter 5 longues années pour le retenter et peut être parvenir enfin à la vengeance… En attendant il y a toujours Visalis qui souhaite voir venir rapidement le 17 de juillet prochain : date arrêtée pour notre mariage !!!! Et elle y met tout son cœur pour que la fête soit réussie : grande robe, grand jardin avec des tonnelles, orchestre philarmonique et tout le tremblement… Moi, perso je n’ai besoin que d’elle, mais elle, elle tient visiblement à ce que tout le monde jusque Mars soit au courant !!!!!!!!! Sans parler de la liste des invités : pas moins de 300 personnes (mariage intime d’après elle)… J’ai eu « l’audace » (sic) de lui demander ce qu’était un mariage en grande pompe : elle ne l’a pas vraiment bien pris, je ne vois pas pourquoi ????????????????????



11 janvier 2003

Nous y voilà… Demain résultats du concours d’entrée de la CJI. Visalis est tendue… Elle croit toujours ce que lui a dit la voyante et que notre Amour se terminera dès que j’aurai les résultats… Elle s’imagine que je la laisserai tomber après quelques temps parce que selon elle une fois Membre de la CJI je serai QUELQU’UN D’INDISPENSABLE A L’HUMANITE. Ca m’exaspère au plus haut point. Quand j’y pense, j’ai comme un feu de colère au ventre : comment pourrais-je l’abandonner alors que je ne m’imagine pas une seule minute sans sa présence. Maudite voyante de mes… Enfin le temps est mon allié : une fois qu’elle verra que ça ne changera rien entre nous elle ne doutera plus que nous sommes faits l’un pour l’autre…
Il est 3h00 du matin et je ne dors toujours pas. J’ai essayé de me calmer un peu sur la console mais rien n’y fait : je ne suis même pas capable de dépasser le niveau 3 tellement je suis obsédé par les résultats. Je suis fatigué, claqué, crevé, extenué, énervé, anxieux et je ne dors pas. Je ne veux pas prendre de cachet de peur de rater le réveil demain. Du coup j’ai tenté de me remettre à fumer et c’est toujours aussi dégueulasse… j’ai l’odeur du goudron sur la langue et mes fringues puent la clope. Va falloir que je surveille mon langage dans les moments de stress moi hein….Si je parle comme ça en tant que Juge Supérieur ça va pas le faire…
Après relecture de ce très long (!) journal je ne vois pas en quoi ces pensées vont bien pouvoir aider Visalis (que je considère aujourd’hui comme mon âme sœur) à sa survie. Et cette mystérieuse aura rouge, j’ai du mal à imaginer ce que ça peut être… Sans parler d’êtres désincarnés qui me guideraient comme une marionnette ! Moi qui ai su pendant plus de 23 ans tenir tête à MONSIEUR mon père, membre éminent du gouvernement du consortium Terrien, patron des patrons, milliardaire respecté, self-made-man reconnu par ses pairs et ordure de première classe internationale… Quelle co…e cette bohémienne franchement. Réussir à faire peur aux gens en se faisant payer, c’est pas un métier, c’est du vol qualifié !!!!! Moins de 10 heures avant la publication officielle et la cérémonie et je suis là à repenser à cette co… Il serait peut être temps pour moi de décrocher et d’essayer de me reposer si je ne veux pas ressembler à un zombie.
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MessageSujet: Re: Feuilleton : "Petit Journal d'un terraformeur"   Mar 20 Mai - 18:38

Un bip suraigu me fit sursauter. Un coup d’œil sur mon Voxterm m’indiquait que je venais de recevoir un message d’un de ces bureaucrates planqués de la Firme :

« A l’attention du Terraformeur id-Grundfeld, l’alerte météo concernant les conditions de travail sur votre concession est à présent terminée. La Firme vous invite à reprendre au plus vite votre travail. Toutefois dans votre intérêt, nous vous invitons à vérifier le taux de radioactivité sur votre concession. Comme précisé dans votre contrat, la Firme ne saurait être tenue pour responsable de toute contamination radioactive due à la négligence des terraformeurs quelque soient leur niveau et leur expérience.
Cordialement, H. Stenbeuil : coordinations des alertes.
Vivre pour travailler et non travailler pour vivre »


Je commençais à m’habituer au style des messages mais sincèrement c’était loin de la promotion que faisaient les « Ambassadeurs » de la Firme sur Terre. Ils vous vendaient de l’aventure, du rêve, de l’espoir : « La Nouvelle Frontière, l’Avenir de l’Homme repose entre vos mains et sur vos compétences. Vous serez nos bras, nos jambes, notre sang, mais aussi notre air et notre vie. Aucun questionnaire de santé, aucun test psychotechnique, aucune enquête sur votre passé. Pas besoin de papier, juste de Vous». J’avais déjà vu ce genre de publicité pour la légion étrangère dans une encyclopédie du 19ème siècle. C’était surtout la dernière partie de la promotion qui m’avait « propulsé sur les sommets de Mars » pour reprendre leur expression. Des sommets de sables instables qui se déplaçaient avec le vent et qui s’effondraient au moindre coup de pelle…

La radioactivité à l’extérieur était quasi nulle. Je poussai un soupir et me levai. C’était donc ça travailler pour l’avenir de l’Humanité : suer sang et eau à creuser pour faire un « paradis » ? Un travail ingrat et pénible dont il me semblait que je ne verrai jamais la fin ? On nous communiquait parfois des statistiques d’avancement sur les pourcentages d’air et d’eau formés. Mais en attendant nous portions toujours de lourds appareillages qui nous handicapaient grandement pour creuser. J’enfilai mon scaphandre, vérifiai mes bouteilles d’oxygène, et pris mon PDA en poche. Ces gestes qui me prenaient tant d’attention auparavant, étaient devenus si machinaux aujourd’hui… Je vérifiai que Colossus n’avait pas repéré une parcelle plus rentable, mais la mise à jour n’avait pas encore été faite. Alors que j’allais franchir le seuil du bunker mon rover entra dans le garage. Je fis demi-tour et pris le temps de vérifier son état.
Un autre bip suraigu me vrilla les oreilles. D’avance je savais ce que c’était :
« Premier Rappel : il y a 10 minutes vous avez reçu le message suivant :

A l’attention du Terraformeur id-Grundfeld, l’alerte météo concernant les conditions de travail sur votre concession est à présent terminée. La Firme vous invite à reprendre au plus vite votre travail. Toutefois dans votre intérêt, nous vous invitons à vérifier le taux de radioactivité sur votre concession. Comme précisé dans votre contrat, la Firme ne saurait être tenue pour responsable de toute contamination radioactive due à la négligence des terraformeurs quelque soit leur niveau et leur expérience.
Cordialement, H. Stenbeuil : coordinations des alertes.

Merci de le prendre en compte.
Vivre pour travailler et non travailler pour vivre ».
J’effacai le message sans même le lire.

Avant que ne me parvienne le second rappel j’étais sous le soleil rouge de Mars à manœuvrer ma pelle à vérin. Le geste était si machinal que mon cerveau divaguait. Je repensais au désir de vengeance de ce gamin. Quelque part son père pouvait être fier de lui : c’est le désir de se venger qui avait amené ce môme à se dépasser… Motivation certes bien involontaire, mais incroyable motivation tout de même… Cela me ramenait à ma première vie sur notre bonne vielle Terre polluée depuis trop longtemps.

Il y a deux ans j’avais presque tout ce dont j’avais toujours rêvé : un travail intéressant, un chez moi, une relation amoureuse qui me laissait mon indépendance. Misouf me disait toujours que je me contentais de peu, que j’étais dénué de toute ambition et que je finirai seul et malheureux. Mais il ne connaissait rien de mon passé : mon père qui se tuait à la tâche, ma mère qui buvait la paye de son mari pour oublier la misère et la promiscuité de trente mètres carrés de vie pour cinq. A l’époque, j’étais agent d’intervention au sein d’une usine robotisée qui produisait des voitures. J’avais été embauché parce que j’étais encore une des rares personnes à savoir travailler le métal (fondre, forger, souder,…) en plus d’un solide bagage d’électro-mécano-informatique. Les métiers manuels avaient disparus depuis bien longtemps et nous étions considérés comme des parias, impropres à l’évolution de l’espèce humaine. Nous étions les pestiférés de ce peuple d’intellectuels qui ne savait même plus faire une simple addition à la main. Leurs vies se résumaient à du presse bouton et des prestations intellectuelles de haut vol, ou encore de la production artistique plus ou moins réussie. Les tâches manuelles étaient réalisées par des robots. Seules exceptions : les gens comme moi qui fabriquaient les prototypes robots que concevaient les ingénieurs.

Mon père avait mis beaucoup de temps à accepter le fait que je voulais faire des études du style manuel. Il n’en avait jamais vu l’intérêt et aurait préféré que je me destine à des études d’ingénierie robotique. Mais il m’était impossible de ne faire que de simples prestations intellectuelles. J’avais droit à des sermons ou des moqueries quotidiens sur mes choix jusqu’au jour où mon père eu un accident de voiture. Aucun dommage corporel, uniquement de la tôle froissée, mais notre voiture était devenue inutilisable. Un imbécile imbu de lui-même avait grillé une priorité, non seulement c’était un des supérieurs hiérarchiques direct de l’équipe paternelle mais en plus il avait refusé de remplir un constat. Résultat : l’assurance refusait de nous dédommager. Bien sûr nous n’avions pas assez de sous en banque pour réparer, nous avions juste eu de quoi la remorquer jusque dans notre rue. « Plus de voiture, plus de travail… » et je vis rouler deux longs sanglots avant que la porte de sa chambre ne se referme sur lui. La colère la plus violente naquit en moi. Je me sentais emprunt de la plus grande révolte que je n’eusse jamais connue jusque là. Je courus chercher les outils que l’université d’info-mécanique m’avait prêtés faute de pouvoir en acheter mon propre lot. Je passais toute l’après-midi et la nuit penché sur le moteur. Je terminai par la refonte et la soudure de la carrosserie à l’avant puis je redressai les ailes. Le résultat était loin de valoir l’original mais la voiture était à nouveau opérationnelle.

Fier du résultat, je mis mon vieux réveil à ressort à sonner une demi heure avant l’heure de lever habituelle de mon père et m’allongeai sur la banquette arrière. La sonnerie me sortit d’un profond sommeil. Je rentrai à la maison, préparai un café et réveillai mon père. Il sortit de son lit à contre cœur. Je lui tendis une tasse pleine d’un café encore fumant et l’invitai à me suivre dans la rue. Je n’oublierai jamais l’expression qui transfigura son visage : dans la lumière blafarde du néon il me fit penser au témoin d’un miracle… La tasse se brisa au sol, répandant une partie du café sur son pantalon de pyjama. Deux grosses larmes de joie vinrent s’écraser dans la flaque de café. Il courut vers moi et me serra très fort. « Tu es l’ange qui vient de répondre à mes prières » me murmura-t-il à l’oreille. Il me porta jusqu’à l’appartement me fit assoir et me tendit sa montre. « Tiens ! Voilà le seul objet de valeur que je possède. Sa valeur n’est pas intrinsèque mais je la tiens de mon père qui lui-même la tenait de son grand-père. C’est le seul vrai trésor qui m’appartient. Elle aurait dû revenir à ton frère aîné mais aujourd’hui elle est à toi. Tu as su me prouver que tu étais un homme pleinement responsable. C’est comme si tu venais de sauver notre vie à nous tous. Je regrette d’avoir dénigré ton choix. C’est toi qui avait raison. Continue sur cette voie et tu atteindras les sommets que je n’ai jamais vu qu’en rêve. Prends soin de ton héritage, c’est un porte-bonheur familial. Je te raconterai son histoire un jour. J’aurais voulu te donner plus mais c’est là la seule richesse que je possède vraiment … ». Emporté par l’émotion, je me mis moi aussi à pleurer.

Ma mère ouvrit violemment la porte et lança « Qu’est ce que vous avez à pleurer comme des lopettes ?? » Je lançai un regard vers mon père plein de fureur et d’interrogation qui voulait dire « Vas-tu encore te laisser faire par cette femme pendant longtemps ? ». Il me rendit un regard à la fois triste et rieur. Il me fit un clin d’œil. Ca voulait dire : « Cette femme est ta mère et malgré ce qu’elle est, je l’aime ». Puis il prit le chemin de la chambre pour aller s’habiller. « C’est ça… Retournes te prélasser, fainéant, plutôt que d’aller chercher du boulot ! Et maintenant, tu vas peut être pouvoir m‘aider à faire le ménage ? Ca va te changer d’utiliser tes doigts pour faire autre chose qu’appuyer sur des touches et des boutons. Et je vais faire quoi à manger aux mômes maintenant, hein ? Et comment elle va se remplir ma bouteille ? Réponds ! COMMENT VA SE REMPLIR MA BOUTEILLE ? » Puis elle s’assit à table et commença à grommeler et à taquiner le fond de gin qui jusque là avait trainé sur l’évier. Mon père reparut, me lança un sourire, attrapa ma mère par un bras, m’attrapa par la main et nous traina en courant dans la rue.
« - Voilà ce dont ton fils de 17 ans est capable : il a réparé la voiture, il y a mis tout son cœur… si je ne pars pas très vite je vais être en retard. Alors arrête un peu tes jérémiades et félicite plutôt ton fils.
- Pour une fois qu’il fait quelque chose d’utile ce petit c…» Elle n’eu jamais le temps de finir sa phrase : une violente gifle sonore venait de s’écraser sur sa joue. Ma mère gisait à demi sur le trottoir, à demi sur la route une main sur sa joue rouge et enflée. Puis mon père reprit :
« - Pour la dernière fois je t’interdis de parler comme ça de nos enfants. Il vient tout simplement de nous sauver la vie. Plus de voiture, plus de travail… Et ce n’est certainement pas ici que j’aurais trouvé un emploi nous permettant de survivre, t’en sais quelque chose, non ? Alors à partir d’aujourd’hui je te prie de traiter MON fils avec le plus grand respect… Tu m’as bien compris ??? » Sans même attendre de réponse il s’installa au volant et fit rugir le moteur en passant devant moi avec un grand sourire…

Le bruit d’un autre moteur me ramena à mon travail. Mon rover rentrait au garage. Comme d’habitude il ne me ramenait que du minerai. Les objets que Colossus repérait étaient une fois de plus pour d’autres… Ma pelle se faisait plus lourde, signe que les effets du coffee booster commençaient à se dissiper. Il était temps pour moi de faire une pause. Je chargeai ma pelle sur mon épaule et pris le chemin du retour.
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Grundfeld

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MessageSujet: Re: Feuilleton : "Petit Journal d'un terraformeur"   Lun 23 Juin - 12:31

Le temps sur Mars était aussi capricieux qu’une fillette de deux ans. Aussitôt de retour à mon bunker, je fis un rapide calcul des sommes que j’allais gagner en revendant mon eau : je n’aurai encore pas de quoi acheter un scaphandre de meilleure qualité. Celui que je traînai était une occasion et au nez on pouvait dire qu’il était loin d’être une seconde main… J’avais entendu dire au bar que certains s’amusaient à piéger les boissons avec un « Turbolax », sorte de laxatif ultra-puissant… Il paraîtrait que ce genre de « boisson d’homme » laisse des traces au fond des scaphandres, visiblement des odeurs aussi. J’essayai de combattre des images pour le moins nauséeuses et touchai l’amulette en bois qui traînait à côté sur le bureau : j’espérai bien éviter ce genre de désagrément. Je me connectai à Colossus afin de prendre des nouvelles de la météo ; celle-ci ne serai décidément pas clémente envers mes finances : en tout et pour tout, sur les prochaines vingt quatre heures, seules trois m’étaient favorables pour la creuse… En pleine nuit et discontinues. J’avais intérêt à prendre de l’avance question sommeil... Depuis mon arrivée sur Mars j’avais appris à dormir en fonction des creuses. Je n’avais plus de repère fixe et mon organisme faisait avec les contraintes que je lui imposais. Après avoir nettoyé ma pelle, désensablé mon rover et pris une maigre collation je m’allongeai et reprenai la lecture de ce journal. L’histoire de ce gamin - qui au final aurait pu être mon grand frère au vu des dates - m’intriguait.



14 janvier 2003


Je sors de 3 jours de fêtes ininterrompues… J’ai été admis à la CIJ. Major de concours. Jamais je n’aurais pu imaginer ce genre de chose. C’est vrai que j’ai bossé comme un timbré pour ce concours. C’est vrai que j’ai tout donné comme si ma vie en dépendait mais je ne pensais pas obtenir d’aussi bons résultats. Je n’ai plus qu’à attendre maintenant. Juste un cocktail fait d’un brin de patience, d’un soupçon de finesse allongé avec beaucoup de renseignements et je pourrai commencer à déguster ma vengeance : traquer mon géniteur.
Avec Visalis nous avons envisagé la possibilité de nous installer dans le quartier des affaires. Sa tante australienne malade vient de passer l’arme à gauche et racheter l’appartement qui lui servait de résidence secondaire est dans mes moyens au vu du chèque de chez Jorkles & Dieselm… Petit huit pièces de quatre cent cinquante mètres carrés, sans compter la terrasse et la piscine. L’avantage de cet appart est qu’il est à deux cent mètres de la CIJ et surtout à dix mètres du lieu de « résidence officiel » de mon paternel. Quoi de mieux pour espionner ses allées et venues. En plus, une fois que cette crevure sera en tôle je n’aurai pas trop loin à déménager quand il y passera…
Je prends mes nouvelles fonctions dans une semaine. Une semaine en tête à tête avec ma chérie. Rien qu’une heure seul avec elle et je m’arrache le cœur dès que je la quitte, je n’ose m’imaginer après une semaine. Quoique… Elle est à fond « mariage » et parfois en arrive à me « courir sur le haricot » pour rester poli. Mais elle est tellement belle quand elle est heureuse… J’ai même réussi (en état d'ébriété plus qu’avancé dois je préciser à ma décharge) à aborder le sujet des enfants… Moi… je ne me reconnais plus. Une nouvelle thérapie me ferait le plus grand bien peut-être…
Parfois j’ai un peu la frousse de toute cette réussite : un jour j’ai entendu maman dire « gare à la chute » à une amie qui rayonnait de son tout nouveau bonheur. Je revois toute la sévérité de ma mère lorsqu'elle prononça ces quelques mots. J’avais quoi... 6 ans peut être. Mais ce souvenir est resté gravé en moi comme ma première écorchure. Il est toujours vivant. Il l’est d’autant plus que je me souviens du jour où cette même amie était revenue quelque temps après cette période pour parler d’une tentative de suicide. Je n’avais pas compris sur le moment. Mais je me souviens de toute la pitié de ma mère lorsqu’elle lui avait dit « Je t’avais prévenue »…

21 janvier 2003


Voilà, ce fut mon premier jour. Et finalement la charge de greffier est beaucoup moins chi…e que je ne l’avais imaginée. On a le temps de boire un café, on est au courant de toutes les affaires en cours et, plus passionnant surtout, on entend tous les ragots. En discutant avec mon « formateur » j’ai appris en deux heures de temps les mœurs et les amours de tous les juges et personnels… Note pour plus tard : garder ma vie privée au frais dans un placard… Mais le boulot le plus intéressant est la recherche des jurisprudences. Ainsi de par cette fonction j’ai accès à toutes les archives sans conditions, même les plus secrètes. Jamais je n’aurais imaginé qu’à notre époque le plus simple pour conserver un secret était de le consigner par écrit sur un papier et de le mettre à l’abri dans un coffre. Il paraîtrait que cette technique ait été décidée suite au braquage d’un hacker sur son propre dossier. Les cambrioleurs se sont recyclés avec le net… Je pense que je vais être souvent volontaire pour les recherches sur papiers. Personne ne veut les faire parce que trop fastidieuses. Au contraire, ça va me laisser du temps pour fouiner un peu partout dans des archives méconnues du commun des mortels… Finalement je ne peux pas renier les gènes paternels : être un pourri qui agit en sous-marin… Je me dégoûte de penser ce genre de choses mais je sais bien ce que maman dirait : « La fin justifie les moyens ». Maman avait toujours un dicton pour chaque situation. Elle disait que c’était sa religion à elle. Il m’arrive parfois de la citer un peu trop devant Visalis et là j’ai droit à un autre genre de dicton : « Coupe le cordon »… Ca me fera toujours rire…

15 Février 2003


J’ai passé la plus belle St Valentin qui soit. Et comme des actes valent mieux qu’un discours je file téléphoner pour me faire porter pâle. « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud »…Quoi de plus juste. Merci Maman de m’avoir converti.

28 Février 2003


Il y a des bruits de couloirs qui circulent : il paraîtrait que le doyen des Juges n’en ait plus que pour quelques semaines. J’ai vu sa secrétaire pleurer toute les larmes de son corps. Si c’est vrai, il va bientôt y avoir une opportunité de carrière après les élections du nouveau doyen. C’est lui qui dirigeait le procès que je devais circonstancier. C’est vrai qu’il m’a semblé bien pâle et lymphatique par rapport à ce que j’avais pu voir ces derniers temps.
Après les plaidoiries, ce cher Jorkles, qui défendait visiblement un pourri, est venu me relancer pour que « j'intègre le cabinet en pleine collaboration ». Soit disant qu’il avait un gros dossier pour moi et que les bénéfices seraient plus que substantiels. J’ai décliné l’offre subtilement en lui précisant que ma motivation première n’était pas l’argent. J’ai eu l’intuition qu’il avait compris mes motivations et j’ai vu comme une ombre passer sur son visage. J’ai quand même été assez fin pour ne pas me fermer la porte pour plus tard. Une fois le dossier de mon père clos, plus rien ne me retiendra à la CIJ.
J’en ai pas parlé à Visalis, bien qu’elle soit excellente conseillère : j’ai peur qu’elle me pousse à retourner chez Jorkles et Dieselm… Elle connaît la motivation qui m’a poussé vers la CIJ, mais elle me dit parfois que la vengeance n’est pas une solution, que je ferais mieux de l’oublier… Comme si c’était facile d’oublier les heures de souffrance que ma mère a enduré pour moi. Comme si je pouvais oublier ces mois d’agonie qu’elle a endurés, son divorce, ses souffrances morales pour me protéger. Comme si je pouvais oublier ses reflexes de peurs convulsifs à l’hôpital chaque fois qu’elle me voyait ; tout parce qu’elle croyait revoir son ex mari qui l’avait trompée, frappée, dégradée, violée… C’est lorsqu’elle a commencé à être malade que j’ai compris. J’avais à peine 16 ans… Le médecin m’avait prévenu que ce genre de crises était fréquent chez les malades atteint d’Alzheimer. Chaque fois que je venais la voir : par ses réactions, par ses cris, ses gestes ou encore ses paroles venues d’un temps passé j’en apprenais toujours plus. Je m’en voulais de lui faire revivre ça une seconde fois, mais c’était pour la bonne cause. C’est en faisant des recherches un peu plus poussées sur internet que j’avais découvert qui était vraiment mon père. Au départ je l’avais pris pour un simple salopard macho qui se complaisait de martyriser les femmes. Ceci souvent du à un « complexe d’infériorité » disait la plupart des livres que j’avais lus sur le sujet. Mais quand j’ai réussi, grâce à un petit article paru dans une feuille de chou électronique avec preuves convaincantes à l’appui, à faire le lien entre lui et un marchand d’armes notoire j’ai fait des crises de nausées pendant des mois. Comme par hasard, la feuille de chou ne fut plus jamais éditée ensuite, le rédacteur en chef ayant été impliqué dans un scandale de « partie privée bien arrosée en alcool et en drogues »…
Une fois la crise de nausée passée, je passais par une longue période d’agoraphobie. Je faisais des cauchemars où je revoyais mon père tenter d’étrangler Maman dans un stade de foot, avec des tas de supporters un M16 à la main encourageant mon père avec des cris et des hurlements d’animaux. Je voyais en gros plan le visage de ma mère passer du blanc au rouge, puis du rouge au bleu sous l’effet de l’asphyxie. Elle me fixait sans cesse. Sa vie semblait s’échapper par ses yeux mais elle conservait ce sourire qui savait me réchauffer le cœur quelles que soient mes blessures.
Craignant pour ma santé mentale, Ruida, ma petite amie de l’époque réussit à me convaincre de voir un psy. J’en ai passé des heures à insulter mon conn…d de père. J’avais même le droit de venir avec une photo de lui, de la fixer à l’aide d’une aiguille à tricoter sur un mannequin en mousse et de taper pendant que je parlais. Puis je sortis de ma colère au bout de deux années de coups et d’insultes, le psy fut tout heureux de m’annoncer guéri et affranchi de ma rancœur. C’est vraiment pas être fin psychologue parce que depuis ce jour je suis en mode vengeance froide et calculatrice. Vengeance pour tout ce que j’ai encaissé en étant petit : son absence, son silence, sa dureté, son mépris, son ignorance, ses coups… Vengeance pour tout ce que Maman a pris pour me protéger au mieux. Vengeance pour ces deux ans durant lesquels je me suis usé les poings et la langue dans ce cabinet de psy. Vengeance parce qu’il a réussi à me faire croire que j’étais responsable de l’état de ma mère. Vengeance pour tous ceux dont il a détruit la vie physiquement et moralement. Il est temps de payer mon vieux et si la vengeance est un plat qui se mange froid le zéro absolu va te paraître tropical…
Et Jorkles voudrait que je mette tout ça sous un mouchoir pour de l’argent : même le plus beau mouchoir du monde ne pourrait cacher tant de laideur. Et Visalis voudrait que j’oublie tout ça : même si je l’aime à sacrifier ma vie pour elle : NON ! Je ne peux pas oublier, je ne veux pas oublier : je ne serais plus moi si j’oubliais tout ça. Et de toute façon il est trop tard pour oublier : je me suis construit grâce à tout ça, je suis là où j’en suis grâce à ma rancœur… C’est plus qu’un tatouage ou une cicatrice : oublier reviendrait à la mort de mon âme. Et surtout il y a plus que moi en jeu : il y a tous ceux que mon père a frappés, blessés, détruits, tués directement et indirectement. Parfois j’ai l’impression que ces connus et inconnus me parlent, me guident et me communiquent leur énergie pour avancer sur le chemin. Maman disait que la vengeance avait un goût amer… Peut-être… Sans doute… Mais il est trop tard : la machine est bien en marche et rien ne saurait l’arrêter. Et crois moi Jorkles, c’est pas un zéro de plus sur un chèque qui pourra remplacer la satisfaction de voir mon père souffrir.
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